Episode 3 - Reconstituer une vigne


Ma rencontre avec David Dumoulin de la cave L'Orpailleur à Uvrier était clairement providentielle! Ce jour-là j'étais dans l'embarras pour la réalisation du reportage de ce mois-ci et devais trouver une cave pour m'accueillir au pied levé. Je racontais ça à une amie en dégustant un fendant L'Orpailleur ( ça ne s'invente pas!), accoudée à une table de bistrot bien trop grande pour nous deux quand arrivent David et ses amis à qui l'on propose de partager l'espace. Quelques plaisanteries plus tard, nous faisons connaissance et je réalise que c'est lui qui produit ce que je suis en train de déguster! Je lui explique le projet que je dois réaliser et il est tout de suite enthousiaste à l'idée de me recevoir. Rendez-vous est pris, nous nous revoyons à sa cave quelques jours plus tard!

Par ce jour de grand vent, il nous embarque sur les hauteurs dans sa vigne de Signèse pour rencontrer son chef de viticulture Stéphane, un chamosard monstre sympathique qui regarde malicieusement arriver ces trois nanas (pas du tout habillées de circonstance) sur le chantier de sa future vigne de 3000m2. Il prend le temps de nous expliquer avec simplicité le cycle de vie d'un cep.

La vigne peut produire du vin pendant plus de 120 ans dans les meilleurs cas. Après quelques dizaines d'années, les ceps (un peu fatigués) commencent à produire des récoltes moins abondantes, ces rendements plus faibles donnent des vins plus concentrés et surtout plus intenses, pour le plus grand bonheur de ton palais! La décision de conserver une ancienne vigne se prend donc en réalisant une équation entre la quantité produite, la qualité du raisin et la possibilité de continuer à valoriser l'appellation "Vieille vigne".

David me confie alors qu'en viticulture, il faut avoir quelques coups d'avance. Un peu comme avec ses employés, il faut garder un oeil sur la pyramide des âges de ses ceps. Lorsqu'une vigne est replantée, il lui faudra 3 longues années avant de produire du raisin. Tu comprends donc que si il ne coordonne pas le vieillissement de ses terres, tu n'auras pas de vin à l'apéro!

Pour cette parcelle, il était grand temps de lui redonner une nouvelle vie. C'est également l'occasion de la replanter de manière à pouvoir la mécaniser et simplifier le travail des viticulteurs en leur permettant de travailler avec des chenillettes.

Oui mais alors c'est comment qu'on fait?

On casse tout, sans pitié et on recommence! Les ceps sont arrachés et la terre est retournée. On la mêle à un composte de vieilles rafles, sarments et autres déchets naturels de la vigne en guise de terreau. C'est assez magique de se dire que la vigne retourne à la terre... pour redonner vie à la vigne!

On en profite pour remettre à niveau le terrain, l'uniformiser et dans certains cas créer de petites terrasses. Dans les prochaines semaines, de nombreux travaux attendent Stéphane: Retirer les tuyaux d'eau depuis le bisse pour les enterrer, réaliser les carrés parfaits qui constitueront les futures lignées mais surtout replanter les barbues!

Les barbues!? Oui, les barbues!

Tout comme moi, tu l'ignorais sûrement, mais la base du futur cep (le porte-greffe) est exactement le même pour tous les cépages. C'est la greffe réalisée sur celui-ci qui déterminera le type de raisin qui sera produit. On l'appelle un "pied de cep américain". Alors non, ce n'est pas qu'on pique tout aux américains. Dans les années 1800, la quasi totalité des vignobles européens ont été ravagés par le Phylloxéra (tu peux jeter un oeil sur wiki pour découvrir cette sale bête). Il a fallu plus de trente ans pour surmonter cette crise, en utilisant des porte-greffes issus de plants américains naturellement résistants au phylloxéra. C'est pourquoi encore aujourd'hui ce sont les seuls pieds de cep utilisés. (C'était la minute culturelle)

Une fois les barbues plantés, on les protège en les enfilant dans des tubes en plastique, appelés les "Tubex". Tu as certainement dû déjà en voir dans nos vignes, voici à quoi ça ressemble:

Il ne reste plus qu'à en prendre grand soin durant les 3 prochaines années, avant de pouvoir récolter le fruit d'un dur labeur. Un désherbage régulier et une bonne irrigation sont la clé de la réussite.

// Retour à la cave

David nous installe dans leur nouveau caveau de dégustation en forme de lingot d'or (orpailleur > lingot d'or ... t'as saisi? C'est tout un concept!). La déco est juste incroyable! On s'y sent bien, on s'émerveille des moindres détails de l'architecture et on tombe tous amoureux de son horloge.

Cette année, ils fêtent leurs 20 ans. Pour l'occasion, ils ont redonné un petit coup de frais à leur ligne graphique. Une belle réussite! Ils ont su garder l'identité de leurs bouteilles immédiatement reconnaissables tout en leur apportant un style beaucoup plus moderne. Si tu es comme moi l'épicurieux, il doit forcément t'arriver d'acheter du vin à son étiquette. Les nouveaux habillages te donneront sans hésiter l'envie d'en emporter chez toi et/ou d'en offrir avec fierté!

La réputation de la cave n'est plus à faire! On en a encore eu confirmation lors de la dégustation... Une succession de merveilles et de (re)découvertes ! Dans mes coups de coeur ultimes, je te conseille:

  • La Syrah Grand Cru (vanillée juste comme j'aime!)

  • Leur petite arvine Clos Grandinaz (mon frangin fan de petite arvine l'a validée! C'est te dire...)

  • Et bien entendue leur déjà célèbre "Cuvée l'Orpailleur"

// Torpillée en plein coeur !

Je l'ai avoué à David, j'avais jusque-là évité leur gamme "Le Torpilleur". Je m'étais bêtement dit qu'ils avaient trouvé un chouette packaging pour vendre leur vin bas de gamme (bon ok, j'ai osé prononcer le mot "piquette", ce qui l'a bien fait rigoler!). Honte à moi d'avoir des aprioris aussi faciles! J'ai adoré autant l'assemblage de blanc que l'assemblage de rouge. Parfois, c'est génial d'avoir tort!

Arpenter le canton à la rencontre des hommes et des femmes qui font vivre notre terroir m’a fait découvrir à quel point ils aiment ouvrir leurs portes, dévoiler leurs secrets de production, partager leurs connaissances et anecdotes et bien sûr vous faire déguster le fruit de leur travail. Dans une cave valaisanne, on ne se sent jamais dérangeant ou envahissant. On est toujours reçu comme à la maison!

Si toi aussi tu veux vivre ton expérience au contact de nos vignerons, dans leurs vignes et dans leur cave tu peux participer à l’évènement « Au coeur des vendanges » qui se déroulera le 21 septembre prochain. L’encaveur de ton choix t’embarquera avec lui pour une journée de vendange (pépère), un apéro-planchette entre les échalas, puis te fera découvrir le travail à la cave avant de partager ensemble une raclette. C’est l’occasion unique de pouvoir te laisser guider par la passion qu’ils ont pour leur travail et de ressentir la magie qui opère dans nos vignobles valaisans! Après cette expérience, tu ne déboucheras plus jamais une bouteille de vin de la même manière. Pour participer à cet évènement, c'est par ici !

// Découvrir leur cave

Tout au long de l'année, tu peux passer organiser une dégustation dans leur caveau :

En leur lançant un petit coup de fil au 079 640 90 21 ou 027 203 04 46

Ou en leur envoyant un petit mot à info@orpailleur.ch

Les horaires

Lundi - vendredi 10-12h / 14-18h

Dès le 1.05.2019: samedi 10:30-13h

(attention, ce n'est pas un bar ou une oenothèque, mais tu peux librement déguster leurs crus et emporter du vin)

Cet article a été réalisé en collaboration avec Les Vins du Valais. Grâce à leur confiance j’y ai écrit tout ce que je voulais et j’ai choisi moi-même les encaveurs que je souhaitais rencontrer. Un partenariat plein de passion qui vous permettra tout au long de cette année de découvrir les visages et les talents de notre canton, au fil du travail réalisé jusqu’aux vendanges.


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Amanda Morard  |  Route du Manège 42  |  1950 Sion

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